Communiqué de Presse

PLFSS 2019 : Le cri d’alarme des hôpitaux normands

Publié le 16 novembre 2018



Un projet de budget de la sécurité sociale sans réponses aux difficultés de l’hôpital public en Normandie

Le Bureau de la Fédération Hospitalière de France (FHF) de Normandie, exprime sa grande préoccupation et son inquiétude après le vote du PLFSS 2019 à l’Assemblée Nationale.

 

Pour rappel, la Normandie se place en seconde position parmi les régions hexagonales ayant la plus faible espérance de vie à la naissance. Le cancer est la première cause de mortalité dans le Calvados, l’Eure, l’Orne et la Seine-Maritime. A titre d’exemple, si la Normandie avait enregistré le même taux qu’en France, 562 décès pour cause de cancer auraient pu être évités chaque année en 2009-2014. Concernant la démographie médicale, les départements ruraux de la région (Orne, Manche et Eure) accusent un important déficit de médecins généralistes : de l’ordre de 72-74 médecins pour 100 000 habitants. Au total, il faudrait 259 médecins généralistes supplémentaires dans ces départements pour qu’ils atteignent la densité nationale. Autre exemple, il faudrait augmenter les effectifs normands de chirurgiens-dentistes de deux tiers pour atteindre une densité similaire à celle de l’hexagone.

Le volet hospitalier de l’Objectif national des dépenses d’assurance maladie (ONDAM) est irréaliste et ne reflète pas la réalité des besoins de l’hôpital public.

Alors que les charges continuent de croître, les prévisions d’augmentation d’activité déterminant les recettes des hôpitaux sont largement surestimées et ce, comme elles l’avaient été en 2018. Comme le précise la FHF au plan national, le budget 2019 des hôpitaux est à nouveau construit sur une injonction contradictoire : d’un côté, le ministère impose une baisse importante des tarifs de remboursement des actes en expliquant que cela sera compensé par la hausse du nombre d’actes, mais, de l’autre, le ministère demande aux hôpitaux de développer l’activité ambulatoire qui a vocation, elle, à réduire la durée des séjours. Les tarifs vont donc encore baisser en même temps que vont baisser les volumes.

En 2018, la quasi-totalité des hôpitaux normands ont vu réapparaître ou augmenter leurs déficits malgré des efforts de gestions indéniables et continus ne laissant pratiquement aucune marge de manœuvre aujourd’hui. Face à ce cercle infernal, le déficit cumulé des hôpitaux normands a doublé d’une année à l’autre passant de 48M€ en 2017 à environ 90M€ en 2018.

De surcroît le modèle financier de la tarification à l’activité dessert les hôpitaux des départements normands affectés par une démographie peu dynamique d’une population vieillissante et par une pénurie de médecins alors qu’il est fondamental de maintenir un accès aux soins pour tous et de qualité dans les territoires.  

Cette situation aura des conséquences graves sur le service public de santé :

 

¾       Elle dégradera le niveau de prise en charge des patients ;

¾       Elle conduira à de nouvelles réductions d’emplois et aggravera le découragement des professionnels de santé qui ont fait des efforts très importants ces dernières années ;

¾       Elle réduira les capacités d’investissement indispensables pour pratiquer une médecine moderne s’appuyant sur un haut niveau d’équipements technologiques (imagerie, robots...) ;

¾       Elle rendra nécessaires des restructurations non pertinentes et mettant en péril la réponse aux besoins de la population.

 

Ces prévisions de dépenses irréalistes interrogent sur la capacité à mettre en œuvre demain le plan « ma santé 2022 » annoncé par le Président de la République le 18 septembre dernier.

La FHF Normandie appelle solennellement les pouvoirs publics à envoyer sans attendre un signal politique fort et surtout concret à l’ensemble des professionnels hospitaliers, avant d’atteindre le point de non-retour.

La FHF Normandie partage l’analyse de la Conférence des Présidents de Commission Médicale d’Etablissement (CME) des centres hospitaliers ‘’ Faut-il laisser l’hôpital public mourir dans l’indifférence ? Il est urgent d’agir avant qu’il ne soit trop tard ‘’ !

 

Co-présidents Fédération Hospitalière de France de Normandie

 

Mme Emmanuèle JEANDET-MENGUAL, Présidente Conseil de surveillance CHU de Rouen

M. Philippe DURON, Membre du Conseil de surveillance EPSM de Caen